Jésus de Nazareth, qui est-il vraiment ?

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Nous allons fêter sa naissance dans quelques jours, mais savons-nous vraiment qui est Jésus ?

Les principales sources à notre disposition pour retracer la vie de Jésus de Nazareth sont les évangiles, les quatre récits par lesquels le Nouveau Testament débute. Ils traitent avec extrême parcimonie de l’enfance et de la jeunesse de Jésus.

Ainsi, ils nous indiquent qu’il grandit à Nazareth en Galilée, à l’écart de Jérusalem et du Temple. Si de nos jours la distance entre Nazareth et Jérusalem ne prends que quelques heures tout au plus en voiture, à l’époque les pèlerins mettaient plusieurs jours pour l’accomplir.

Saint Luc dans son évangile, écrit que les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, et au cours de l’un de ces voyages naquit Jésus à Bethléem, dans les environs de Jérusalem. Au cours d’un autre de ces voyages, lorsque l’enfant Jésus avait l’âge de 12 ans, se produisit la dispute avec les docteurs ou rabbins dont parlent les évangiles. Ces derniers écoutèrent, pantois, les réponses de Jésus sur les thèmes qu’il qualifiait déjà de « choses de son Père ». Le nom du Père céleste, parfois utilisé par les Juifs pour qualifier le Dieu d’Israël, ne présente jamais le sens profond que lui donne Jésus. Le rabbin Akiva, l’un des plus célèbres et des plus remarquables de l’histoire des Juifs, dit un peu plus tard que les Juifs étaient bienheureux car ils pouvaient être appelés « fils de Dieu ». Quoi qu’il en soit, la dispute avec les docteurs indique que, dès son plus jeune âge, Jésus se familiarisa avec les livres de la Loi et avec les prophètes. Par la suite, ses paroles firent référence aux passages du Livre des Maccabées, au Livre d’Enoch et à certains psaumes, tous recueillis dans la Bible.

Vue générale de Bethléem, le village de Judée où naquit Jésus

Jésus passa sa jeunesse à Nazareth, travaillant en silence comme charpentier, méditant sur tout ce qui l’entourait et sur l’œuvre divine qu’il venait de réaliser. Ce silence de Jésus, à partir de la dispute des docteurs jusqu’à son baptême par Saint-Jean, dura plus de 15 ans, car c’est à ses 30 ans qu’il rendit visite à Jean dans la région déserte de Judée, vallée du Jourdain. Déjà auparavant, des groupes de mystiques communautaires, appelés les esséniens, s’étaient répandus dans toute la Palestine. Ces derniers ne faisaient pas montre d’un grand respect pour les traditions sacerdotales, ils menaient une vie austère et pratiquaient le célibat. Jean-Baptiste, appelé aussi le précurseur, prêchait que la condition des juifs (fils d’Abraham) n’était pas suffisante pour être sauvé, qu’il fallait faire pénitence et recevoir le baptême pour obtenir la rémission des péchés. C’est seulement ainsi que l’on pourrait être préparé pour le royaume de Dieu, lorsque l’avènement serait imminent. La signification de l’expression « Royaume de Dieu » était analogue pour Jean à ce que prêcha Jésus par la suite. Toutefois, pour la majorité des juifs, le Royaume de Dieu était alors l’empire de la Loi et le gouvernement de la Terre par eux-mêmes. Ce royaume devait être précédé de grandes catastrophes, auxquelles seuls les Justes et les repentis survivraient. Une fois le grain séparé et la paille brulée, les élus d’Israël gouvernaient le monde car ils étaient les seuls à avoir promis au Seigneur, sur le mont Sinaï, de « faire toujours ce qu’il ordonnerait » ,

Jean était également relativement explicite dans ses actions et dans ses paroles. Lorsque les néophytes lui demandaient ce qu’ils devaient faire, il répondait « Que celui qui possède deux tuniques en donne une à celui qui n’en a pas ». Il envoyait pas publicains, ou collecteurs d’impôts, exercer leur travail avec honnêteté et il ordonnait aux soldats de se contenter de leur paie. Nous découvrons donc que Jean était entouré de gens humbles, tout comme par la suite Jésus. Les objectifs de Jean peuvent surprendre par leur modération : les publicains peuvent continuer à recevoir leurs gains s’ils sont légitimes ; les soldats peuvent accomplir leur service, s’ils ne mentent pas, ne font pas de faux témoignages et s’ils ne dépouillent personne injustement. Ainsi la grandeur essentielle du Précurseur est d’avoir annoncé et reconnu Jésus. « Ecce agnus Dei » (« voici l’Agneau de Dieu »), s’exclama Jean en le voyant dans la vallée du Jourdain.

Deux compagnons de Jean-Baptiste s’apprêtèrent à suivre Jésus, et, en l’apprenant, celui-ci leur demanda : « Que cherchez-vous ? ». Ces hommes interpellés étaient des pêcheurs du Lac de Tibériade, également venus de très loin afin de voir et écouter Jean ; ils lui répondirent « Maître, où habitez-vous ? » . Jésus leur répondit « Suivez-moi et vous le verrez ». Ils partirent donc avec lui et ne le quittèrent plus de toute la journée. L’un d’eux, André, dit à Simon, son frère : « Nous avons rencontré le Messie. » Simon, plus âgé et déjà marié, voulut immédiatement parler avec Jésus qui fut touché par la simplicité de celui-ci et le salua d’une manière familiale « Tu es Simon, fils de Jean, mais tu l’appelleras « Képha » (ce qui signifie rocher en araméen) . » Jésus prouva son affection envers ses disciples en leur donnant de nouveaux noms. Il appela les fils de Zébédée, Jean et Jacques, Boanergès, ou fils du tonnerre, et il changea le nom de Lévi pour celui de Matthieu.

La rencontre avec Jésus, après l’avoir baptisé dans le Jourdain, encouragea Jean à prêcher avec plus de ferveur encore. Il accusa d’inceste Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, et celui-ci le fit enfermer et décapiter, dans sa forteresse de Machétonte. Depuis sa prison, pour illuminer les siens et peut-être impatient d’assister au triomphe du Messie promis par les prophètes, il lui envoya deux disciples pour lui demander « Est-ce toi qui doit venir à nous, ou devons nous t’attendre ? »

A la mort de Jean, Jésus se retira dans le désert et jeûna pendant 40 jours. Les évangiles décrivent sommairement les tentations auxquelles Jésus dut résister dans le désert et par lesquelles le tentateur essaya de le détourner de sa mission « Vivre avec Dieu, être fils de Dieu, tel est l’objectif, mais nous ne pouvons vivre entièrement pour lui car nous avons aussi des besoins. » Selon Jésus, l’homme ne peut vivre que de pain. Mais si nous pouvons subsister avec autre chose que de pain, c’est à dire la parole de Dieu, pourquoi donc se presser ? Les anges nous soutiennent, même si nous nous jetons du haut du rempart du Temple. Toutefois, il ne faut pas tenter Dieu ni lui demander des miracles témérairement. Enfin, si avec l’aide de Dieu, nous pouvons obtenir ce que nous désirons, pourquoi ne profitons-nous pas de ce pouvoir divin pour établir le Royaume de Dieu sur terre et en finir une fois pour toutes avec autant d’injustice ? Jésus rejeta avec virulence l’usage de la violence, sous prétexte de faire le bien, avec une phrase de la Loi : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte. »

Après avoir renforcé son esprit avec ces 40 jours de solitude et de jeûne, Jésus retourna en Galilée. En chemin il devait traverser le pays des Samaritains, qui avaient continué à vivre à l’écart des Juifs, entre la Judée et la Galilée. La seconde fois, Jésus traversa ce pays à la tombée du jour. Il s’assit près d’un puits. Une Samaritaine vint chercher de l’eau et, lorsqu’elle lui demanda s’il fallait adorer Jéhovah dans le temple de la montagne de Jérusalem ou dans le temple de la montagne de Samarien, Jésus prononça ces paroles mémorables : « L’heure viendra où vous n’adorerez plus le Père ni sur cette montagne ni dans Jérusalem. Dieu est esprit et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent l’adorer. »

Jésus et la Samaritaine

Ce dut être l’un de ces moments où, selon Jésus, l’homme vit la parole de Dieu car, en lui offrant à manger, Jésus refusa : « Je possède une nourriture que vous ne connaissez pas : ma nourriture est d’accomplir la volonté de celui qui m’envoie. » Ensuite en regardant les champs verts des alentours, il ajouta «  Il manque encore quatre mois avant la moisson, mais je vous conseille de bien regarder et vous verrez que les blés sont déjà blancs. Celui qui moissonne reçoit un salaire et s’assure les fruits de la vie éternelle. » On perçoit encore dans ces paroles prononcées en Samarie l’écho des tentations du désert. Il n’y a pas de frontière entre l’esprit et le monde matériel. La distinction entre les Samaritains et les Juifs, qui avait été le cauchemar d’Israël depuis les temps d’Esdras et Néhémie, disparaît. De plus ces paroles manifestent des propos de prosélytisme ; les moissons sont mûres, il faut des ouvriers. 

C’est pourquoi à son retour en Galilée, Jésus commença véritablement la prédication. Un samedi à la synagogue de Nazareth, il lut les paroles d’Isaïe : « L’esprit du Seigneur est en moi car il m’a chargé d’annoncer la bonne nouvelle aux pauvres et il m’a envoyé pour donner la liberté aux captifs et pour rendre la vue aux aveugles. » Ensuite, en s’adressant à ses compatriotes, Jésus se révéla sans réserve comme celui annoncé par le Prophète. La réaction de ceux qui le connaissaient depuis son enfance fut décrite de façon vivante par l’évangéliste. Sur l’instant, il s’émerveillèrent des mots emplis de sagesse qui sortaient de la bouche de Jésus, mais, par la suite, ils s’irritèrent et voulurent le punir en le qualifiant d’imposteur. Les siens ne semblaient même pas offensés. Ses proches, comme l’expose un autre évangile, attribuèrent l’ardeur de l’apostolat qu’il exerçait à de l’aliénation, qui ne lui laissait même pas le temps de manger.

Il n’est donc pas surprenant que Jésus ait abandonné sa patrie et sa famille pour chercher refuge dans la région du Lac de Tibériade, où vivaient les deux frères André et Simon (Pierre), qu’il avait rencontrés dans la vallée du Jourdain. Le Lac de Génésareth ou de Tibériade, également appelé mer de Galilée, est proche de Nazareth et se distingue depuis les montagnes de Galilée. Il présente un périmètre d’environ 17 kilomètres : ses eaux ne sont pas salées, contrairement à la Mer Morte, et il dispose d’une faune abondante. Aux temps de Jésus, cinq hameaux de pêcheurs se trouvaient sur ses rives : Bethsaïda, où vivaient Pierre et André ; Magdala, berceau de Madeleine ; Capharnaüm, Dalmanoutha et Corozaïn.

Le renom de Jésus allait rapidement s’étendre dans toute la Galilée et la Judée et attira même des gens de Phénicie, ainsi que de l’autre côté du Jourdain. Jésus prêchait parfois d’un bateau pour que la foule ne l’assaille pas ou depuis les hauteurs qui entouraient le lac, et il enseignait à tous en disant : « Bienheureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux. Bienheureux les débonnaires, car ils hériteront de la terre. Bienheureux les affligés, car ils seront consolés. Bienheureux ce qui sont affamés et altérés de justice, car ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Vous serez heureux lorsque les hommes vous chargeront de malédictions et qu’ils vous persécuteront, et qu’ils diront faussement toutes sortes de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous alors parce qu’une grande récompense vous est réservée dans les cieux, car c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous.”

La première partie du sermon sur la montagne ne contenait apparemment rien de nouveau. Nous pourrions citer ici des textes judaïques qui impliquent des recommandations similaires. Jésus déclarait le caractère de son rôle de législateur divin lorsqu’il affirmait “Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais perfectionner. Car je vous dis que si votre justice n’était pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n’entreriez pas au Royaume des Cieux.Et comme preuve de ce qu’il appelait perfectionner la Loi, il exposa les exemples suivants : la Loi interdisait de tuer les anciens, mais pour lui, se fâcher contre un frère, l’insulter ou le traiter de fou, était un péché. La Loi disait : “Tu ne commettras point d’adultère“, mais, comme l’enseignait Jésus, le simple fait de désirer ou de regarder avec sensualité la femme d’un prochain constituait déjà un adultère. La loi disait “Au moyen de certaines formalités, tu pourras divorcer”. Pour Jésus, le fait de divorcer, si ce n’était pas à cause de l’adultère, constituait déjà un péché. La loi disait “Oeil pour œil, dent pour dent .” Jésus considérait que, si l’on nous frappait sur une joue, il fallait présenter l’autre …

Le sermon de Jésus sur la montagne

Jésus, prédicateur hors pair, ferait perdre aujourd’hui tout le fonds de commerce à Jean-Luc Mélenchon !

Enfin, le Sermon sur la montagne se termine sur cette parabole : “Celui qui entend ces paroles et qui les accomplit sera comme un homme prudent qui construit sa maison dans la roche, alors que celui qui les entend et qui ne les respecte pas est comme un homme insensé qui bâtit sa maison sur le sable. ” Jésus ne faisait pas encore d’insinuation apocalyptique, il n’annonçait aucune catastrophe immédiate ni ne promettait de gouvernement universel aux Juifs ; la récompense étant la vie, la vie éternelle. Toutefois, dans le Sermon sur la montagne, la révélation de la nouvelle doctrine était tellement nécessaire qu’il n’est pas surprenant que, pour Jésus, l’heure d’organiser les missions de prédication soit déjà arrivée. C’est pourquoi il réunit ses disciples dans un endroit montagneux et retiré ; il en choisit 12 pour les envoyer deux par deux prêcher “le règne de Dieu” partout. Les disciples devaient guérir les malades, ressusciter les morts, soigner les lépreux, expulser les démons, tout cela par charité comme Dieu le faisait aussi. Les envoyés de Jésus ne devaient pas porter d’or, d’argent, de cuivre, de gibecière, de tunique ni de chaussures de rechange. L’évangéliste Saint Marc, dit ainsi qu’il enduisait les malades avec de l’huile, comme le firent les anciens prophètes d’Israël, pour les soigner.

En revanche, Jésus réalisait des miracles par de simples mots, avec un geste ou par contact. Il regardait les cieux, bénissait et les pains se multipliaient jusqu’à rassasier tout le monde. Il ordonnait à la mer et au vent d’apaiser leur ardeur et, avec un de ses mots, il redonnait la santé à une personne épileptique ou possédée par le démon. Jésus consentit à faire ces choses, transporté par sa piété, pour ceux qui souffrent et pour donner “le signe du Ciel” que demandaient les Pharisiens.

Avec ces concepts sublimes, qui semblent paradoxaux, Jésus attirait les gens comme les miracles. De nombreux individus, auxquels il avait redonné la santé, disparurent de la scène, et nous n’entendrons plus parler d’eux dans les évangiles. En revanche, de pauvres femmes pécheresses, qui devaient leur salut à une parole de Jésus, lui restèrent fidèles même après sa mort.

Il est difficile d’établir la chronologie et l’itinéraire de Jésus pendant les années de sa vie, mais il semble qu’après un certain temps passé dans la région du Lac, il étendit son œuvre dans toute la Galilée et au-delà. Pendant les derniers temps que Jésus passa en Galilée et en Judée, il n’eut pas de résidence fixe ; ses disciples étaient son unique famille.

Par ailleurs, Jésus commençait à être poursuivi, ou tout du moins surveillé par les émissaires de Jérusalem. Sa prédication et sa popularité provoquaient une grande inquiétude parmi les gens du Temple. Ainsi, les évangiles disent textuellement : “Ils se réunirent autour des scribes et de certains Pharisiens qui venaient de Jérusalem […] Alors des Pharisiens et des scribes vinrent de Jérusalem auprès de Jésus, et dirent : “Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leur repas. ” Les juifs méticuleux s’offensaient en entendant Jésus qui leur disait que ce n’est pas ce qui entre par la bouche qui salit l’homme, mais ce qui sort du cœur. C’est en effet du cœur que sortent les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages et les malédictions.

Jésus et les Pharisiens

Les Pharisiens commençaient à souhaiter sa mort. Du fait de ces premières menaces sourdes et sachant que l’heure de sa mort n’avait pas encore sonné, Jésus se rendit plusieurs fois en Phénicie et de l’autre côté du Jourdain, où il avait quelques disciples.

Ces courtes absences de Galilée précédèrent d’autres étapes de sa révélation. En rentrant, Jésus leur dit ” Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi n’aura pas faim, et celui qui croit en moi n’aura pas soif. ” Il faisait encore des comparaisons avec la Loi qu’il considérait caduque et dépassée : ” Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Je suis le pain qui descend du ciel afin que quiconque en mange soit vivant pour les siècles. Et le pain que je donnerai est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.Les juifs débattaient de ces propos : “Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair pour la manger ? Cette parole est dure ! Qui peut l’écouter ?Et même si Jésus ajoutait clairement : “C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert à rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie ” , de nombreux disciples l’abandonnèrent . Jésus répondit alors aux Douze : “voulez-vous partir vous aussi ? ” Et Pierre, répondant au nom de tous répondit “Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous et nous savons que tu es le Saint de Dieu.”

Et accompagné des 12 disciples, Jésus partit de Jérusalem. Le voyage s’avérait indispensable. Pour que tout le monde voit en lui le Messie, il fallait soit qu’il se manifeste glorifié, depuis le Temple comme le voulaient les Juifs, soit qu’il soit persécuté et condamné à mort, tout comme l’avait prophétisé Isaïe. Même, ses parents de Galilée qui, selon les paroles de Saint Jean l’Évangéliste, “ne croyaient pas en lui“, lui disaient “Ne reste pas ici, va en Judée pour que les disciples que tu as là-bas voient, eux aussi, les œuvres que tu fais […] manifeste-toi au monde.

Jésus suivit le chemin direct à travers le territoire des Samaritains, que la plupart des Galiléens tentaient d’éviter en suivant la route de la côte ou en descendant par la vallée du Jourdain jusqu’à Jéricho. En voyant que les Samaritains les recevaient comme un ennemi, Jésus fut d’autant plus triste. “Il marchait le visage tourné vers Jérusalem” , et cela suffisait à rendre odieux celui qui, deux ans auparavant, avait été reçu comme un ami. Ainsi était le monde à cette époque : sur son territoire, Le Prophète, le Rédempteur, Le Messie, était gênant et dangereux ; en terre presque étrangère, comme c’était le cas de la Samarie, les rancœurs nationales intervenaient en matière de religion jusqu’au point de nier l’hospitalité à celui qui leur donnait les paroles de la vie éternelle.

Jésus connaissait bien Jérusalem et il savait ce qui l’attendait là-bas. Auparavant, il avait prédit sa mort avec des insinuations plus ou moins claires. Parfois, on ne le comprenait pas et l’on pensait qu’il voulait se donner la mort. Les Juifs disaient : ” Va-t-il se donner la mort pour qu’il dise : Où je vais, vous ne pouvez venir.” Et nombre d’entre eux répondaient : “Il a un démon et il délire.

Entrée de Jésus à Jérusalem

Jésus resta à Jérusalem depuis la fête des Tabernacles, qui coïncidait avec l’équinoxe d’automne, jusqu’à Pâques, pour l’équinoxe de printemps. Pendant ces six mois, sa prédication citait des exemples qui révélaient sa relation avec une société plus complexe que celle des humbles agriculteurs et pasteurs de Galilée. Il parlait ainsi du majordome cruel qui demande pardon à son maître. Il expliquait qu’il ne fallait pas chercher à être à la tête des banquets, qu’il fallait convier non les amis et les parents, mais les pauvres et les handicapés. Il parlait aussi de ceux qui n’acceptent pas le convive, de ceux qui veulent servir deux maîtres, de celui qui se construit une tour, du roi qui se prépare à faire la guerre contre un autre : de tous ceux-là il tirait des comparaisons avec la vie spirituelle.

Jésus continua à faire des miracles à Jérusalem et en Galilée. et l’Évangile poursuit ainsi : Beaucoup d’entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu’il avait fait crurent en lui. Mais certains s’en furent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu’avait fait Jésus. Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : “Que faisons-nous ? Disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. “ Mais l’un d’entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : “Vous n’y entendez rien. Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas toute entière. ” Dès ce jour-là, ils résolurent de le tuer

Ainsi décidée la mort de Jésus, pour que par la mort d’un homme, bien qu’innocent, l’humanité soit sauvée, il restait encore à fixer les détails pour l’attacher et l’exécuter. La façon de donner la mort à un faux prophète est clairement édictée par la Loi : il doit être lapidé (ainsi mourut Etienne, le premier martyr Chrétien) et, à plusieurs reprises, les Juifs tentèrent de lapider Jésus. Mais sous le protectorat romain, il était inhabituel que quelqu’un d’autre que le gouverneur ou le procureur de Rome, qui était alors Ponce Pilate, puisse décréter la peine de mort. Même Hérode le Grand se croyait obligé de demander la confirmation de ses condamnations, dans les cas graves. Il fallait donc attendre que, dans un moment de trouble, provoqué par les agents du Temple, le peuple, toujours irresponsable, lapide Jésus comme s’il avait été un faux prophète.

En réalité, personne n’allait lapider Jésus ; la coalition des prêtres avec les Pharisiens devait s’avérer omnipotente. L’influence des Pharisiens était cruciale, en particulier parce qu’ils faisaient montre de pureté et qu’ils pratiquaient la pénitence ainsi qu’une rigoureuse piété. Le Talmud de Babylonie, tout comme celui de Jérusalem, œuvre des prêtres et donc reflet de leurs ennemis, décrivent les Pharisiens, en les divisant selon sept classes ou types. Pour commencer, le “sichémite”, c’est-à-dire de Sichem, où s’établit tout d’abord Abraham. Ce pharisien est archaïsant, car il admet seulement les éléments anciens et la révélation première. Un autre type de pharisien est “celui qui tombe toujours” : le pauvre veut bien travailler, mais il se heurte à des obstacles. Toutefois, ce n’est pas sa faute s’il travaille mal. Un autre est “celui qui se vide de son sang“. Matériellement il est celui qui perd l’amour de Dieu, il demeure inanimé, ne peut que s’effondrer. Le quatrième type est “le mortier”, celui qui moud, paît et décortique les paroles de la Loi. Puis vint le pharisien “qui veut seulement savoir comment se sauver“. Le sixième est celui qui est pharisien “par peur” et enfin le septième est le seul bon, celui qui est pharisien par amour.

Jésus critiquait les pharisiens dans ses paraboles et ses sermons. Il les définissait avec des noms aussi excessifs que “sépulcres blanchis”. Il les accusait d’être avares, d’accorder trop d’importance à l’argent et de voler les veuves, ce qui coïncide avec l’opinion de l’historien Juif Joseph à leur égard.

Pendant les derniers mois de sa vie à Jérusalem, Jésus annonçait la fin du monde, la destruction de la Ville et du Temple, et sa seconde venue pour juger les bons et les mauvais. Mais, par ailleurs, il se révéla clairement comme le Fils de Dieu, le seul fils du Père. Surtout au cours du dernier repas, la Cène, avec ses disciples, Jésus déclara qu’il ne faisait qu’un avec le Père : “Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Tout ce que vous me demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils” Voici mon commandement : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.”

Jésus prêchait donc une nouvelle doctrine : s’aimer les uns les autres, non comme des prochains, non en tant que Juifs ni en tant qu’hommes ; non comme des compagnons de voyage, mais comme il aima ses disciples, c’est-à-dire tout comme le Père l’aima, avec une plénitude suprême et un amour infini. Dans ce sermon, Jésus déclara qu’il était la véritable vigne et que ses disciples en étaient les sarments ; ces derniers peuvent donner le fruit avec lui, mais arrachés de la vigne, ils ne produiraient rien.

La Cène

Au cours de cette dernière Cène, il établit le sacrement de l’Eucharistie, centre du culte chrétien. Saint Paul rappela par la suite ses paroles. Voici les mots de saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis ayant rendu grâce, il le rompit et dit “Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi” Après le repas, il fit de même avec la coupe en disant : “cette coupe est la nouvelle alliance de mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi“. Telle fut la dernière étape de la révélation de Jésus, et il l’exprime dans sa prière au Père : “Je t’ai glorifié sur la Terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donné à faire” Après cette dernière recommandation, Jésus, accompagné de quelques disciples, partit au mont des Oliviers, convaincu que ceux qui voulaient sa mort l’y trouveraient.

Sa mort fut décrétée par le Sénat des prêtres et perpétrée avec la complicité du gouverneur romain. Pour excuser sa complicité et pour avoir toléré le supplice romain de la crucifixion, ce dernier fit placer sur le madrier une inscription déclarant que Jésus de Nazareth s’était déclaré roi des Juifs.

Les évangiles synoptiques (qui sont ceux de Marc et de Luc) décrivent la passion comme ils la virent et l’entendirent, racontée par d’autres. Les lieux où Jésus souffrit sa passion et sa mort sont identifiés dans les endroits mentionnés par la tradition. On reconnait encore la Voie Douloureuse, dans la rue Droite, qui va d’une porte à l’autre. le Prétoire, où Pilate dicta sa condamnation, est également un lieu bien connu. La colline du Calvaire ou Golgotha, se trouvait sans aucun doute en dehors des remparts. En revanche, il est plus difficile, voire impossible, d’identifier le lieu du sépulcre, dit aujourd’hui le Saint-Sépulcre. Les Juifs n’avaient pas l’habitude d’enterrer leurs morts dans les villes. Mais aux alentours de Jérusalem, il existe un grand nombre de sépulcres taillés dans la roche. Même vides, ils indiquent approximativement comment put être celui qui servit à Joseph d’Arimathie pour déposer le corps de Jésus-Christ.

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