Nous sommes à la veille de Noël, période qui, pendant deux millénaires, a revêtu un caractère particulier dans l’occident chrétien. Les témoignages de fraternisation dans les tranchées de la Grande Guerre en sont une des dernières illustrations. Mais au-delà de cela, Noël résonnait chaque année comme un moment d’espérance et de joie, une sorte de parenthèse durant laquelle les frères humains se souvenaient que, riches ou pauvres, malades ou bien portants, ils étaient tous égaux devant les mystères de la vie et de la mort. La popularité de l’expression « trêve des confiseurs » laisse entrevoir l’abîme qui sépare ce Noël chrétien de sa déclinaison dans une société de consommation et de spectacle. Qu’on ne réserve plus une place au pauvre de passage à la table du réveillon est une chose. Mais c’est tout le sens d’une fête commune qui est effacé. Le principe du don et du contre-don qui structure les rapports humains – et dont Noël était une des expressions – ne se retrouve plus qu’au sein de la famille (et encore …), où il permet de ressouder des liens largement distendus.

La question n’est pas de savoir si Noël est une fête chrétienne. Il ne l’est plus. De sorte qu’il est assez pathétique de voir certaines municipalités débaptiser les « Marchés » de Noël en « Marchés d’hiver » ou de supprimer les sapins sur l’autel d’une extrémisation écologiste délirante. La laïcité n’en demandait pas tant, la nature non plus. La beauté de la fête, de la fraternité et du plaisir d’échanger ont été sacrifiés par nos sociétés modernes, où la bourse est devenue le Père Noël ou le Père Fouettard, sur l’autel du consumérisme, de la rentabilité et de l’égoïsme exacerbé, mais aussi par l’exagération d’une laïcité dont on a du mal à définir les contours. La crise que nous vivons avec la Covid-19 n’a rien arrangé … !

Chaque civilisation a des moments de fête où les humains apprennent à réguler leurs passions, à sortir de leur égoïsme pour découvrir l’autre. Nous pourrions apprendre à connaître ces différentes déclinaisons. Mais le préalable est de porter sa propre mémoire, connaître son histoire. Car rien n’est pire qu’une civilisation qui, non seulement, a aboli ces moments, mais a transformé le plus symbolique d’entre eux en son contraire absolu.

C’est tout de même en gardant espoir que toute l’équipe de La Feuille d’Alignan vous souhaite chaleureusement de passer de très joyeuses fêtes de Noël.

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