En cette période d’élections présidentielles, il nous a paru judicieux de revenir sur la genèse de cette cinquième République qui a stabilisé nos institutions depuis 1958.

L’essoufflement de la quatrième république et l’enlisement de la guerre d’Algérie on eut raison le 28 mai 1958 du gouvernement Pfimlin qui chute . Après une vacance du pouvoir de 24 heures, le 29 mai, le Président René Coty, se résout à appeler le « plus illustre des Français. Celui qui aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui, l’unanimité nationale, refusa la dictature pour rétablir la République« . De Gaulle quitte Colombey pour se rendre à l’Elysée. Dans la soirée, il accepte de former un nouveau gouvernement. Il est nommé président du Conseil le 1er juin par René Coty. Le lendemain, De Gaulle obtient les pleins pouvoirs de l’assemblée nationale pour six mois ainsi que les pouvoirs spéciaux en Algérie.

Ce retour au pouvoir est l’occasion, pour le général de Gaulle, de mettre en œuvre la réforme des institutions qu’il médite depuis la Libération. Son projet fut alors exposé lors du discours de Bayeux, le 16 juin 1946 : un parlement composé de deux chambres, mais un pouvoir exécutif ne possédant pas de parlement. Il aurait pour clé de voute un Président de la République, désigné par un collège d’élus, et chargé de désigner le gouvernement. Il ne fut à l’époque pas entendu, mais ses critiques envers la IVe République, « régime des partis », formulée lors du discours d’Epinal, fin septembre 1946, s’avèreront par la suite justes.

À partir du 4 juin 1958, de Gaulle crée un comité informel chargé de rédiger une ébauche de Constitution. Le comité consultatif constitutionnel voit le jour le 15 juillet. Un comité d’experts et un comité interministériel participent aux travaux. Le Parlement a également son mot à dire. Il apporte quelques changements, sans modifier la philosophie générale du texte : un exécutif fort, où le Président de la République est le garant des institutions. Le texte aboutit à la mi-août et, après avis du Conseil d’État, est présenté aux Français, place de la République, par de Gaulle, le 4 septembre. Les Français l’adoptent le 28 septembre par référendum, à 79,25%, avec une abstention très faible (15,6%). Il est promulgué le 4 octobre.

Charles de Gaulle, au sommet de la tribune, place de la République, lors de son discours à l’occasion de la présentation de la nouvelle constitution.

Entre temps, de Gaulle a engagé ma décolonisation de l’Afrique noire. Lors d’un voyage passant à Conakry et Abidjan, et qui débute à Brazzaville (Congo), capitale de l’Afrique équatoriale Française (AEF), le 24 août 1958, il propose de former une communauté, dans laquelle chacun des États membres accèdera à l’autonomie, avec un pouvoir exécutif et législatif. La défense, la politique étrangère, la politique économique et le contrôle de la justice relèveront de l’exécutif de la Communauté. Les électeurs ont le choix entre cette Communauté avec la France ou la sécession. Lors du référendum du 28 septembre, seule la Guinée vote contre et prend son indépendance.

Avant la fin de l’année 1958, De Gaulle est pleinement confirmé dans ses nouvelles fonctions. Son parti, l’Union pour la nouvelle République (UNR), créé sur les cendres du Rassemblement du Peuple Français (RPF), remporte les élections législatives à la fin du mois de novembre. Le 21 décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République et de la Communauté Française par un collège électoral. Succédant à René Coty, il devient le premier président élu de la Ve République. Pourtant, au lendemain de la naissance de cette nouvelle République, les experts sont sceptiques. Taillées à la mesure d’un seul homme, les nouvelles institutions pourront-elles lui survivre ? Beaucoup d’analystes de tous bords estiment alors que seul un remaniement profond leur permettrait de s’inscrire dans le temps. Une prédiction qui se révélera entièrement fausse.

Le texte, en effet, résistera aux changements de majorité présidentielle et survivra à de nombreux partis, assurant au pays une stabilité institutionnelle qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors. Même François Mitterand, qui a appelé à voter « non » au référendum, se coulera sans peine dans ces institutions une fois devenu président de la République en 1981. Dans les années 2000 et jusqu’à aujourd’hui, les promoteurs de la VIe République se succèderont, sans que leurs velléités trouvent une traduction concrète. Devenu quinquennat, alors qu’il était septennat à l’origine, le mandat présidentiel ne perdra rien de sa puissance et la France continue à vivre dans un cadre institutionnel voulu par le général de Gaullle.

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