C’est un banal accident de voiture qui vient faucher l’existence de l’un des plus grands écrivains de son temps. L’auteur de L’Étranger avait 46 ans

A la fin de la matinée du 6 janvier 1960, dans le Vaucluse, René Char, Emmanuel Roblès, Jules Roy, Louis Guillooux ou Gaétan-Picon, gens de lettres endeuillés, forment la garde rapprochée d’un cercueil porté par l’équipe locale de football. Ces intellectuels traversent Lourmarin, mêlés aux habitants en habits du dimanche, la mine grave. Albert Camus était devenu l’un d’entre eux, diw huit mois plus tôt. Avec l’argent du prix nobel, venu saluer une œuvre littéraire qui avait fait dire à François Mauriac que « toute une génération a pris conscience d’elle-même« , Albert Camus avait fait l’acquisition d’une maison dans ce petit village du sud de la France, joliment nommé « Les Terrasses ».

Peut-être une manière pour l’écrivain né en Algérie en 1913, mais depuis longtemps installé à Paris, de retrouver un peu de ses racines méditerranéennes. De la fenêtre de sa chambre, il apercevait, outre des cyprès, le petit cimetière où il s’apprête à reposer. Beaucoup trop tôt. À seulement 46 ans, Albert Camus a en effet disparu brutalement, provoquant une vive émotion dans la France d’après-guerre, où il a incarné à travers des œuvres comme L’Étranger, La Peste ou La chute, un idéal de justice et d’espoir.

Deux jours plus tôt, le 4 janvier, une Facel Vega file sur la RN 5, la route des vacances, en direction de Paris. Au volant, aux côtés d’Albert Camus, Michel Gallimard, le neveu de l’éditeur chez qui il partageait un petit bureau avec Jacques Lemarchand pour écrire de nuit comme de jour des romans, des pièces de théâtre ou des lettres. Une embardée inexpliquée, et à 13h55 précisément, aux abords du kilomètre 90, le véhicule est projeté contre un platane. Albert Camus est tué sur le coup.

Il laisse derrière lui une famille éplorée, avec qui il vivait entre la maison du Vaucluse et l’appartement parisien du 6e arrondissement : sa femme, Francine, une professeure de mathématiques, et deux enfants, des jumeaux de quatorze ans, Catherine et Jean. Lui-même n’a pas connu son père, ouvrier agricole emporté par les premières heures de la Première Guerre Mondiale, alors qu’il n’avait que 1 an. Élevé par sa mère, Édith, à laquelle il voue une profonde affection et qui est toujours en vie à son décès, il grandit quartier Belcourt à Alger, animé autant par sa passion pour le football, dont une tuberculose l’éloignera, que par celle pour la bibliothèque de son oncle boucher. Repéré par un instituteur, Albert Camus ira au lycée avec une bourse, deviendra rédacteur à la préfecture d’Alger, où il trompera l’ennui avec Dostoïevski et écrira ses premiers textes, sans jamais oublier les travailleurs pauvres de son enfance.

Engagé, défenseur des opprimés, Albert Camus l’est assurément tout au long de sa vie. A Alger, lorsque son premier reportage pour Alger Républicain sur la misère des Kabyles fait du bruit jusqu’à Paris. Quand il entre dans la résistance en 1942, et vit dans la clandestinité à Paris. Ou encore lorsque, rédacteur en chef de la revue Combat après la guerre, il lutte contre les injustices, la peine de mort ou la violence.

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