Le groupe des apoïdes, ou abeilles au sens large, comprend environ 20 000 espèces réparties en plusieurs familles (définies selon différents critères, notamment la façon dont les ailes sont nervurées).

Les abeilles dans leur majorité, sont solitaires et ne produisent pas de cire : la femelle creuse, dans le sol, ou dans les souches, un nid comprenant une ou plusieurs cellules, où elle emmagasine le pollen et le nectar nécessaires au développement des larves. Puis elle pond ses œufs et scelle hermétiquement les ouvertures. Selon la technique qu’elles emploient pour bâtir le nid qui abritera le couvain, on donne aux abeilles le nom de fouisseuses ou de tapissières (famille des halictidés ou des adrénidés), de maçonnes ou de découpeuses de feuilles (famille des mégachilidés), de charpentières (famille des xylocopidés). Certaines espèces de halictes sont grégaires : elles bâtissent leur nids à proximité les uns des autres, allant dans certains cas, jusqu’à partager une entrée commune. On observe alors parfois un début de division du travail, une seule abeille pouvant, par exemple, monter la garde contre parasites et prédateurs.

Seules quelque 500 espèces d’abeilles, dont les bourdons (famille des bombidés), les abeilles sans aiguillon des régions tropicales (famille des meliponidés) et les abeilles mellifères (famille des apidés), sont organisées en sociétés. On admet qu’une espèce est vraiment sociale lorsque la colonie contient une seule reine – femelle reproductrice – , qu’une castes d’ouvrières stériles assure, entre autres tâches, la construction du nid et que les larves sont nourries au fur et à mesure de leurs besoins. Ces abeilles sociales vivent en colonie plus ou moins populeuses, comptant de quelques centaines d’individus à plus de 80 000, hiérarchisés selon un strict système de castes et construisent des nids grâce à la cire qu’elles sécrètent.

L’abeille mellifère

De l’Asie mineure à l’Europe et à l’Afrique se sont différenciées plusieurs races géographiques : citons la prolifique abeille italienne, de couleur jaune, utilisée par les apiculteurs professionnels, la douce abeille caucasienne, la préférée, souvent, des amateurs de jadis. les premiers colons du Nouveau Monde ont emporté avec eux des abeilles noir et brun originaires d’Allemagne. La race italienne, implantée à Long Island en 1860, est devenue la variété commerciale la plus répandue aux Etats-Unis, devant l’abeille caucasienne. Les abeilles dites « tueuses », d’origine africaine, accidentellement introduites en Amérique du Sud au milieu des années 1950, sont très agressives et piquent volontiers les intrus. Elles sont également plus enclines à essaimer et restent réfractaires à la domestication.

La société des abeilles

L’organisation sociale de la colonie d’abeilles domestiques repose sur une division en trois castes : les ouvrières, femelles stériles ; les faux bourdons ou mâles ; la reine. Les ouvrières, qui sont environ 50 000, assurent la construction des cellules et pourvoient à la nourriture des larves, des mâles et de la reine. Ce sont elles également qui partent à la recherche de nouvelles sources de pollen et de nectar. Les mâles sont environ un millier. Leur seule tâche consiste à féconder une reine vierge lors du vol nuptial. La reine se consacre exclusivement à la ponte (200 000 œufs par en environ), assurant ainsi la pérennité de la colonie.

Colonie d’Abeilles

Les mâles ou faux bourdons, proviennent d’œufs non fécondés (parthénogénèse) : la reine, à certaines périodes, ferme, grâce à la contraction d’un muscle, la spermathèque, poche annexe de l’oviducte dans laquelle est conservé le sperme après le vol nuptial (cette réserve est utilisée pendant toute la période de fécondité, en général deux à cinq ans, parfois jusqu’à neuf ans). Elle dépose alors les œufs, sans libérer de sperme, dans de grandes alvéoles hexagonales. Les mâles sont dépourvus d’aiguillon et leurs pattes postérieures ne présentent pas les modifications permettant la récolte du pollen. Lorsque vient l’automne, ceux qui subsistent après l’accouplement sont tués ou mis dehors, et donc condamnés à mourir de faim sauf si le nid n’abrite pas de reine. Au printemps, la colonie donne naissance à de nouveaux mâles, qui s’accoupleront avec l’une des reines filles. Les reines et les ouvrières sont issus d’œufs fécondés, mais les larves des reines bénéficient de conditions privilégiées : elles sont placées dans des cellules spéciales en forme de cupule, les loges royales (ou berceau de reine), où les ouvrières nourrices les alimentent exclusivement et abondamment de gelée royale (sécrétion riche en protéines de leurs glandes salivaires). Les larves d’ouvrières – de même que celles des mâles – ne reçoivent la gelée que pendant les trois premiers jours de leur vie. Le mécanisme de différenciation demeure cependant mal connu. Les ouvrières, par leur apparence extérieure et leur comportement, sont semblables aux reines, mais elles sont dépourvues d’organes sexuels fonctionnels. Néanmoins, en l’absence de reine, leurs ovaires, jusque-là inhibés, peuvent se développer ; c’est ainsi que l’on voit des ouvrières pondre des œufs qui donneront, sans exception, naissance à des mâles.

L’essaimage

C’est chez las apidés que la socialisation est la plus avancée : contrairement aux colonies de bourdons, qui sous les latitudes tempérées sont annuelles et renouvelées chaque printemps par les femelles fécondées, les colonies d’apidés, constituées autour d’une seule reine, se perpétuent indéfiniment et se multiplient par essaimage. Lorsque les jeunes reines sont écloses, elles sont maintenues prisonnières dans leurs alvéoles, nourries à travers un petit orifice de l’opercule. Vers le mois de juin, après la grande miellée de printemps, lorsque la population est devenue trop nombreuse – ou que la température de la ruche est trop élevée -, l’essaimage se produit. Des ouvrières empêchent la vieille reine de tuer les reines filles, tandis que d’autres, gorgées de miel, se massent en grappe et l’entraînent à l’extérieur du nid : cette grappe, qui prend son vol en bloc, est un essaim. Les voyageuses marquent bientôt une halte sur une branche ou sur une souche, se serrant les unes contre les autres, tandis que quelques ouvrières partent en éclaireuses à la recherche d’un nouveau site. Lorsqu’elles ont fait leur choix, l’essaim se met en route. Pendant ce temps, dans l’ancien nid, les jeunes reines sortent de leurs alvéoles et s’entre-tuent à coup d’aiguillon. Celle qui reste va, quelques jours plus tard, effectuer son vol nuptial jusqu’au lieu de regroupement des mâles et s’accoupler, à terre, avec six ou douze d’entre eux. A la différence d’autres espèces, les abeilles mellifères ne pratiquent pas l’hibernation, mais une diapause (période d’inactivité) qui les dispense de se nourrir. Elles endurent les hivers rigoureux des régions septentrionales en s’agglomérant en grappes denses de façon à conserver la chaleur. Les ouvrières se relaient à la périphérie de la grappe ; elles subsistent alors en consommant le miel mis en réserve à la belle saison.

Essaimage

Les phéromones

Des sécrétions chimiques, les phéromones, jouent un rôle central dans la préservation de l’intégrité de la colonie. Les ouvrières possèdent, à la pointe de l’abdomen, une glande (appelée glande de Nasonov) qui produit une phéromone lors de l’essaimage, de l’entrée dans un nouveau site ou du marquage d’un gîte floral ou d’une source d’eau. La composition de la phéromone est spécifique de chaque colonie (elle obéit à un processus mal connu dans lequel interviennent des facteurs génétiques). Son odeur est reconnue par tous les membres d’une même colonie. Lorsque la reine se livre au vol nuptial, ses glandes mandibulaires sécrètent une autre phéromone, qui attire les faux bourdons. Elles produisent également la phéromone royale. Léchée par les ouvrières, transmise à toute la colonie « de bouche en bouche » lors des échanges de nourriture, cette substance a notamment pour effet de bloquer le développement ovarien des ouvrières et d’inhiber les activités de construction des loges royales. Quand la sécrétion diminue – un tel ralentissement est observé surtout lorsque la reine vieillit – les ouvrières entreprennent le façonnage de ses loges. La substance royale agit donc comme un message social : elle indique à la colonie que sa reine est présente et en bonne santé, une information qui assure à cette société animale la cohésion. Les ouvrières sécrètent également, par leurs glandes mandibulaires, un produit dont l’odeur donne l’alarme lorsqu’un danger menace la colonie. Une autre substance odorante, exsudée par leur aiguillon, attire les occupantes du nid, qui organisent alors la défense.

La danse des abeilles

La capacité des abeilles à communiquer à leurs congénères, au moyen d’une danse, la direction et l’éloignement des sources de nectar par rapport à la ruche a suscité un vif intérêt tant chez les naturalistes que chez les profanes. En 1973, le biologiste autrichien Karl von Frisch reçut le prix Nobel de médecine pour avoir réussi à décoder ce langage, fondé sur deux grands types de danse : la ronde, qui signale l’existence de sources proches, sans indication de distance ou de direction ; la danse frétillante, en huit, qui indique l’abondance et l’éloignement de la trouvaille. L’abeille imprime à son abdomen un mouvement oscillant sur le parcours rectiligne ou trajet frétillant. Le contenu de l’information transmise est exprimé par la durée et le rythme (nombre de trajets frétillants par unité de temps). Les vibrations des ailes de l’abeille produisent des sons (selon la même fréquence que les oscillations de l’abdomen), détectés par ses congénères grâce à des organes sensoriels présents dans leurs pattes. Les diverses espèces d’abeilles du genre Apis, et même les différentes races d’Apis mellifera, ne recourent pas toutes à la même fréquence pour transmettre une information déterminée. Aussi les individus vivant dans les colonies hybrides, risquent-ils de mal interpréter les messages. L’angle que forme l’axe de la danse frétillante avec la verticale indique l’orientation ou azimut, de la source de pollen ou de nectar par rapport au soleil. Même si l’astre est caché par les nuages, les ouvrières, sensibles au plan de vibration de la lumière polarisée qui émane des parties les plus claires du ciel, sont capables de détecter sa position. Les ultraviolets réfléchis par les fleurs – ainsi que leur parfum – guident les abeilles. Lorsque le temps est couvert ou que les repères manquent, les abeilles sont capables de s’orienter suivant le champ magnétique local, qu’ils peuvent capter grâce aux minuscules, mais innombrables cristaux de magnétite localisés dans leur abdomen (de même, l’orientation des alvéoles traduit l’influence du champ magnétique). Les abeilles possèdent une horloge interne encore mal connue, qui réglerait leur vie sur le cycle végétal. Ainsi, une ponte plus abondante, et donc la mise à disposition de la colonie d’un plus grand nombre d’ouvrières semble, dans certains cas, liée à l’imminence de la production de nectar.

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