Il n’existe pas de modèle unique de maison dans notre région. La diversité géographique entraîne des variations de style et de matériaux de construction. Plutôt que de parler d’unité architecturale on évoque des ressemblances en fonction des trois grands milieux, montagne, garrigue et plaine. La nature des roches environnantes, la présence ou non de bois, l’altitude, la pente et le climat déterminent des profils totalement différents. L’activité dominante est un autre facteur déterminant, car la maison ou la ferme doivent inclure les bâtiments utilitaires. Une seule règle est quasi générale : l’utilisation de la pierre comme élément de base de toutes les constructions

Dans les montagnes : un habitat robuste

Dans tous les paysages montagneux, la maison est conçue de façon très similaire pour s’adapter à la pente et aux rigueurs climatiques. Elle s’adosse le plus souvent au versant nord, est construite sur plusieurs niveaux pour tirer parti de l’espace et limite ses ouvertures au maximum pour se protéger du vent, du froid et de la neige. Traditionnellement, elle adopte avec l’altitude une toiture de pierre, dalles ou schistes ou lauzes, d’ardoises ou de calcaire. Elle peut se composer de deux ailes perpendiculaires qui délimitent une cour et possède plusieurs niveaux : le rez-de-chaussée sert d’étable et de grange, le premier étage héberge la famille. Les habitations se réunissent en hameaux d’une dizaine de maisons. Les villages les plus importants restent modestes. On les reconnait à la présence d’une église et d’une mairie.

Dans les Pyrénées, on note l’absence de perron devant la maison (l’escalier est à l’intérieur) et l’utilisation du bois, abondant, pour l’encadrement des ouvertures ou, en Cerdagne ou en Capcir, pour de profonds balcons qui servent à protéger, à circuler ou à entrproser au sec. La maison de la montagne noire lui ressemble beaucoup et partage la même orientation au sud et le même souci de protection contre les vents dominants. Elle se dote pourtant d’un escalier extérieur, abrité par un auvent et même des murs latéraux. On retrouve ce perron extérieur dans les Cévennes, où il prend de l’importance se transformant souvent en terrasse occupant toute la longueur du bâtiment. Les fermes Cévenoles installent souvent une magnanerie (pour l’élevage des vers à soie) au second étage et s’adjoignent de multiples bâtiments annexes pour sécher les châtaignes (la clède), entreproser les récoltes ou même séparer la magnanerie de l’habitation. Une sorte de cour en étage est ainsi ménagée, parcourue de petits escaliers, épousant le relief de l’exploitation environnante. Une autre caractéristique est le cimetière familial, dont les pierres tombales sont de simples lauzes fichées en terre. La maison présente nombre d’originalités, comme le mélage de schistes pour les murs et de grès pour les angles et l’encadrement des ouvertures, donannt une couleur bigarrée. Le toit, exécuté en plaques de schiste, so’rganise parfois en festons et so’rne de cheminées massives et décoratives, couronnées d’une lauze épaisse. Dans les monts de l’Espinouse, on construit des « pailhers » exécutés en granit et couverts avec le genêt, abondant dans la région. les murs exposés aux intempéries, au nord et à l’ouest, sont doublés d’ardoise. Sur les pentes du Mont Lozère, c’est encore le granit qui domine, en gros moellons, avec des linteaux massifs, des ouvertures minuscules et un agencement en ligne ou en équerre. Le toit est le plus souvent en lauze de schiste, parfois en chaume de seigle.

Maison cévenole

Sur les causses : promiscuité et isolation

Sur les causses, la maison répond à deux soucis majeurs : l’élevage ovin qui est l’activité principale place la bergerie au cœur de la bâtisse et le vent omniprésent, dont il faut se protéger lors des hivers très rudes, conditionne la silhouette compacte. Ouverte vers le sud, elle se fond remarquablement dans le paysage avec ses murs et son toit de la pierre grise tirée du sol. L’absence d’arbres fait du bois un matériau rare. Le premier étage est donc soutenu par des voûtes de pierre qui remplacent une charpente de bois. Pour cette raison, il n’y a pas de circulation intérieure entre le rez-de-chaussée, qui abrite la bergerie, et l’étage, où réside la famille. L’escalier se trouve à l’extérieur, se terminant en une terrasse couverte. Le corps de bâtiment principal et les annexes sont trapus, ramassés autour d’une cour. La gestion de l’eau est un autre problème crucial dans les Causses et dans les garrigues. On y récupère soigneusement l’eau de pluie par un réseau de petites gouttières de bois l’emmenant dans une grande citerne, près de la cuisine. L’habitat est ici isolé ou dispersé en hameaux très éclatés.

Burons, capitellles et mazets : des abris dans les champs

La nature des activités traditionnelles explique la multitude de petites constructions qui ponctuent les collines. L’élevage oblige les bergers à passer du temps dans les pâturages et à y trouver un abri. Dans les vignes, ce sont les outils qu’il faut remiser près du site d’exploitation. Sur le plateau de l’Aubrac, l’abri typique est appelé buron. Les vachers y séjournent du printemps à l’automne, pour garder les bêtes et y préparer le fromage. Fait de granit pou de basalte, il est presque enterré, dans la pente, à proximité des points d’eau. Le buron est très sommaire, ne possède qu’une ouverture et une pièce unique, avec une petite cave pour affiner les fromages. Les capitelles sont un autre type d’abri, pour les bergers, la nuit et par mauvais temps. La capitelle est circulaire, constitué par l’empilement soigneux des pierres trouvées aux environs, sans utiliser de mortier. Elle forme une voûte, un peu à la manière des igloos ou des huttes de pierre des Celtes. Une porte sommaire est ouverte du côté opposé aux vents dominants et surmonté d’un linteau, à partir duquel les lauzes sont placées en écailles de poisson pour constituer la voûte, que l’on termine au sommet par une dalle plus large. Le tout donne une silhouette arrondie très caractéristique. Depuis que les bergers n’y séjournent plus, elles servent de remise. Le mazet est l’abri spécifique du vigneron. Rectangulaire ou carré, en pierres trouvées sur place, il est couvert d’un toit de tuiles, à une ou deux pentes. Ne comportant qu’une pièce, il sert d’abri contre les orages, de remise à outils, d’endroit où déjeuner à l’ombre de l’arbre qui l’abrite presque toujours.

Mazet vigneron

La Maison du vigneron

Maison de la plaine ou des collines basses, elle diffère radicalement des autres. toujours couverte de tuiles, ses murs sont fréquemment enduits, ocres ou rosés. Le rez-de-chaussée comporte deux ouvertures, la porte et un large portail pour laisser entrer les charrettes, et servait autrefois de magasin ou de cave pour le stockage du vin. A l’étage, les fenêtres sont petites pour ne pas laisser entrer la chaleur. Les maisons se réunissent en gros villages. Mais l’organisation en caves coopératives à peu à peu libéré les vignerons des activités au sein même de la maison et le cellier au niveau de la rue est devenu « pièce à vivre ». Aux beaux jours, il est même courant de déborder devant la porte pour prendre l’air du soir et bavarder avec les voisins. Il faut bien sûr faire la différence entre l’habitat du petit vigneron et les grands domaines au cœur du vignoble, où la maison de maître est la règle, avec son environnement d’annexes qui délimitent une grande cour fermée, logement des ouvriers, celliers, remises ….

Maison Vigneronne

Les cabanes du littoral

L’essor touristique n’a hélas pas préservé grand chose des cabanes de pêcheurs qui bordaient jadis les étangs. Seule la petite Camargue a conservé son habitat traditionnel de longues maisons basses, couverte des roseaux du marais, entourées de tout un réseau de palissades et d’enclos. Il existe, à côté de ces rares maisons anciennes, une profusion de cabanons et petits bungalows sommaires, poussés ici et là, parfois sans permis de construire, qui font office de maison d’été et de week-end. Assemblage hétéroclite de matériaux récupérés, bois patinés peints et repeints, terrasses démesurées, à l’ombre des tonnelles improvisées ou des bâches. Parfois, comme à Gruissan, l’esprit du cabanon, prend un caractère particulier, composant une véritable ville de bois sur la plage, longues rangées géométriques perchées sur pilotis et ménageant au sol une aire ombragée pour se rafraichir en été.

Cabanons de Gruissan
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