Les terroristes islamistes qui haïssent la France ne font jamais que reprendre le discours d’intellectuels qui, eux aussi, et depuis des décennies, détestent notre pays et ne perdent pas une occasion de répandre ce mépris.

Il en va de même, toute raison gardée, avec les décolonialistes, les racialistes, les déconstructionnistes, les néo-féministes qui répètent comme des perroquets ce que le gauchisme culturel enseigne depuis mai 68 : la France est nulle et non avenue, elle n’aurait produit que le Code noir, le fascisme, le pétainisme, Vichy, le colonialisme. Comme si elle n’avait pas, aussi, engendré la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789, l’abolition de l’esclavage en 1848 avec Schœlcher, la Résistance et la France libre en 1940 avec de Gaulle, la décolonisation dans les années soixante avec le même, ainsi que l’abolition de la peine de mort en 1981 avec François Mitterrand…

Emmanuel Macron contribue à ce moulin d’eau sale lorsqu’en 2017, il ne voit aucune malice à proclamer : « Il n’y a pas de culture française » avant d’ajouter qu’il existe en revanche « une culture en France » ! Ce qui est la thèse d’un Patrick Boucheron, professeur au Collège de France (sic), bien sûr, et des siens qui, dans son Histoire mondiale de la France (2017), réécrit l’histoire de France pour en effacer les grands moments afin de donner aux petits la force et la puissance, sinon la dignité des grands ! Si nous ne sommes grands que dans le petit, l’infime, la quantité négligeable, alors nous sommes vraiment des Lilliputiens. Voilà son projet.

Dans les huit cents pages de ce pamphlet, de Gaulle ne mérite aucune entrée en propre. En revanche, dans cette même partie du XXe siècle, il existe une entrée Staline, via la réception de sa mort par les camarades communistes ! Chacun comprendra que, depuis Lascaux (c’est le début de son Histoire de France), autrement dit en dix-neuf mille ans, la mort d’un dictateur marxiste-léniniste vue par des militants du PCF, voilà un grand moment de l’histoire du pays ! On ne s’étonnera pas qu’à propos de ce parti il n’y ait pas d’entrée « Pacte germano-soviétique » — ce qui aurait pourtant pu expliquer au lecteur pourquoi Hitler a pu envahir la France en 1940 avec la bénédiction de l’URSS, donc du PCF.¹

Dans cette histoire révisionniste (je ne dirai pas négationniste, le mot est préempté), « 1940 » n’est pas, en France, la date de « la débâcle », de « l’occupation » ou bien encore du « 18 juin », mais celle de la découverte fortuite par deux enfants de la grotte de Lascaux présentée « dans une France effondrée par la défaite, comme le signe d’une apparition presque mystique ». La grotte se trouve vitement « déterritorialisée » ! Autrement dit, les peintures de Lascaux ne sont plus en France, non, elles sont partout ailleurs dans le monde, sauf en France… C’est dire combien et comment on cogite fort au Collège dit de France !

Il semble qu’en France, Hitler ne soit pas mort, que Pétain vive encore, que Vichy fasse toujours la loi et que Staline règne sur le Kremlin ! Que faudra-t-il pour qu’on tue vraiment le cadavre d’Hitler et que cette charogne cesse d’empuantir l’histoire de France ? Que doit-on faire pour vivre enfin dans un monde qui nous soit vraiment contemporain ?

Dans notre climat de presque guerre civile, il n’est qu’à regarder les références faites aux années noires, aux années-les-plus-sombres-de-notre-histoire, à la montée des périls, au nombre incalculable des recours à la réduction ad hitlerum, aux rapprochements avec Vichy, Pétain, aux perpétuelles accusations infondées d’antisémitisme, à l’usage hors de propos du terme fasciste, pour comprendre qu’Hitler fait toujours la loi en France !

Deux ou trois preuves : entre les deux tours des dernières élections présidentielles qui opposaient Macron, sachant qu’il avait gagné, à Marine Le Pen, n’ignorant pas qu’elle avait perdu, le vainqueur désigné le soir du premier tour n’en faisait pas moins deux déplacements qu’il voulait symboliques avant le vote final pour inviter à bien voter : l’un à Oradour-sur-Glane, l’autre au Mémorial de la Shoah ! Qu’on songe également à l’élément de langage d’un Edwy Plenel, repris il y a peu par Erdogan, qui fait des musulmans de 2020 les juifs des années trente ! Ou bien encore d’Esther Benbassa, sénatrice écologiste, qui ne trouve pas honteux de défiler avec des enfants musulmans portant une étoile de David comme s’ils étaient en attente d’une rafle pour Auschwitz, ce qui suppose que notre État aurait le projet de les gazer avant de faire disparaître leurs corps dans un four crématoire.

Mais l’abus de cette rhétorique n’abuse déjà plus personne sauf quelques demeurés emblématiques de la fachosphère de gauche… C’est déjà ça.

Il fut dit en effet que ce passé ne passe pas. Mais pour quelles étranges raisons ce passé est-il resté notre présent et semble se présenter comme notre futur ? Parce qu’il fonctionne actuellement comme le moteur le plus puissant de la haine de soi française. Il en est la preuve. Du moins : il en serait la preuve…

Car, entre 1946 et 1969, avec une interruption entre 1946 et 1958, la geste gaullienne a fait de ce passé un passé. Qui a donc voulu que ce passé fût un avenir ? Ceux qui avaient intérêt à abolir le gaullisme qui fut souverainisme et grandeur, amour de la patrie et célébration de l’Histoire, éthique de la volonté et vertu de l’excellence, goût du sublime et tension vers les cimes. Ceux-là même, donc, qui ont le plus grand profit à abolir la nation, le pays, la France et qui aspirent à réaliser une Europe fédérale postnationale destinée à préparer le gouvernement planétaire du capitalisme enfin réalisé.

C’est le vieux projet saint-simonien du gouvernement des ingénieurs et des techniciens, des banquiers et des élites, des chefs d’entreprise et de leurs intellectuels complices contre les peuples, un vieux projet repris en main par les acteurs des GAFAM qui souhaitent au plus vite abolir la civilisation judéo-chrétienne afin de réaliser la leur, une « civilisation » transhumaniste à laquelle ils travaillent avec ardeur et force milliards engrangés grâce à l’impôt indirect versé chaque seconde par des millions de consommateurs de ces GAFAM.

De ce projet européen, Jean Monnet nous disait dans ses Mémoires que l’Europe postnationale en était un moment dans un mouvement visant le gouvernement planétaire : « Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain » — voici la dernière phrase des Mémoires de Jean Monnet, un livre qui a été rédigé par des « nègres » comme on ne dit plus, payés par les États-Unis.²

Cette haine de soi d’une France saignée par la Première Guerre mondiale qui a perdu 1,3 million d’hommes, dont l’élite qui n’eut pas l’occasion de développer sa puissance³, donc d’assurer la puissance de la France, procède du nihilisme de cette première boucherie qui a généré, entre les deux guerres, la fascination d’un certain nombre de « pacifistes », dont nombre de socialistes, pour Hitler et, chez d’autres, d’un semblable tropisme pour Staline. L’Allemagne d’Hitler et la Russie soviétique de Staline ont fasciné nombre d’intellectuels français qui cherchaient à se vendre, et qui, pour certains, se sont effectivement vendus soit à Berlin soit à Moscou, sinon à Vichy⁴, avant, la Libération aidant, de se vendre encore, mais cette fois-ci aux États-Unis… Se vendre semble une manie dans ce milieu !

On pouvait choisir la France depuis le 18 juin 1940, c’est-à-dire ni Moscou ni Berlin, ni le Goulag ni Auschwitz, mais qui fut de ce combat cette année-là ? Ils n’ont pas été nombreux les intellectuels ayant rejoint le général de Gaulle à Londres ; ils n’ont pas été nombreux non plus à le soutenir ensuite quand il fut au pouvoir et que l’URSS avait le projet d’étendre son Goulag le plus possible sur la planète ! Il est vrai qu’après-guerre, le PCF pesait un quart de l’électorat français et, avec la bénédiction du général de Gaulle, qu’il dominait le monde de la culture — autrement dit : qu’il permettait de faire carrière dans les lettres, l’édition, la recherche, l’université, le journalisme ! En mai 68, il n’y eut plus personne ; en 1969, c’était fini — hormis André Malraux ou Romain Gary, fidèles parmi les fidèles.

Ne pas aimer qui aimait la France, c’était alors aimer les ennemis de la France.⁵

Après-guerre, l’Amérique a souhaité obtenir ses retours sur investissement : il n’était pas question pour elle de laisser son D-Day sans revenus sonnants et trébuchants. Money is money ! Pour ce faire, le plan Marshall, officiellement nommé Programme de rétablissement européen, industrialisa la France avec pour objectif son américanisation. Ce à quoi aspirait le projet AMGOT⁶, administrer la France comme une colonie américaine, un projet fermement refusé par de Gaulle, ce plan Marshall l’obtint par d’autres moyens.

Cette industrialisation à marche forcée du pays a détruit la France rurale et agricole, provinciale et traditionnelle, au profit de la bétonisation des corps, des cœurs et des âmes. Elle a aussi fonctionné comme un autodafé de la vieille culture que les États-Unis ont remplacée par la leur — du moins ce qui en tient lieu.

Quels ont été les instruments de cette bétonisation existentielle qui eut lieu dans l’immédiat après-guerre⁷ ? La télévision qui produit un réel de substitution au réel banal dans lequel chacun vit une vie mutilée, le cinéma qui remplace les vérités de l’histoire par les légendes idéologiques de fictions épiques, la littérature devenue prolongement du journalisme, le jazz, le rock et la pop remplaçant la musique dite classique, la chanson de variété en rupture avec la chanson poème, Disneyland comme Mont-Saint-Michel américain, le règne de la propagande théorisée par Edward Bernays⁸, le neveu de Sigmund Freud, en lieu et place du débat consubstantiel à la rationalité classique.

Il y eut des résistances françaises à cet effacement progressif de la culture française : le cinéma de Jacques Tati, poétique et critique, burlesque et politique au plus haut degré — qu’on se rappelle Jour de fête (1946) dont le facteur se trouve contaminé par le modernisme américain après qu’il a vu aux actualités, sous le chapiteau d’un cirque ambulant, un reportage sur les postes aux États-Unis qui distribuaient les lettres et paquets par hélicoptère, mais aussi la critique du règne des loisirs, Les Vacances de monsieur Hulot (1953), celle de la tyrannie de la voiture, Trafic (1971), celle des gadgets de la modernité, Mon Oncle (1958), celle de l’inhumanité de l’architecture et de l’urbanisme contemporains dans Playtime (1967) ; les chansons de Brassens, Brel, Ferré ou Ferrat — qu’on songe à La Montagne (1965) qui fit plus que nombre de sociologues pour raconter le passage de la France rurale à celle du Formica et du ciné, du HLM et du poulet aux hormones ; Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, deux monuments injustement méconnus de la philosophie qui, entre autres pépites intellectuelles, ont dévoilé les ravages de la technique, les dégâts de la propagande, les dommages causés à la nature, la toxicité de la nourriture industrielle, la destruction des paysages, l’avènement du nihilisme, la folie de la société de consommation, la destruction des campagnes ; les livres de Joseph Delteil, notamment La Deltheillerie (1968) un authentique chef-d’œuvre parmi les nombreux autres que comporte son œuvre complète ; les fictions documentaires de Georges Rouquier : Farrebique (1946) puis Biquefarre (1983) qui, du noir et blanc poétique aux couleurs tristes et fades de la postmodernité, racontent ce passage d’un monde à l’autre.

Désormais, le cinéma fabrique la vérité, suivi en cela par la bouillie déversée sur les écrans ; les chansons, quand elles ne sont pas anglo-saxonnes, sont la plupart du temps des susurrements épuisés, ceci n’excluant pas cela ; le premier rappeur venu passe pour un nouveau Rimbaud ; la philosophie est une affaire de normaliens qui enfilent des propos de bistrot en citant Spinoza, sans oublier de passer à la caisse pour empocher les copieux honoraires de conférences destinées aux notaires ou aux pharmaciens ; les livres sont des produits culturels formatés pour le marché, et beaucoup d’entre eux ne sont d’ailleurs même pas écrits par ceux qui les signent — je connais le nom de quelques imposteurs notoires dans le monde des idées et celui de leurs nègres ; les fictions documentaires ont laissé place aux films idéologiques qui assurent la propagande du politiquement correct.

Les États-Unis n’ont pas débarqué pour rien en Normandie le 6 juin 1944. Ils nous ont offert leur « culture » ; une contre-culture française est possible, elle est affaire de volonté.

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Notes

1 En ce sens, la récente (2020) traduction du livre de Roger MOORHOUSE (2014), Le Pacte des diables. Histoire secrète de l’alliance entre Staline et Hitler (1939-1941), Buchet-Chastel, comble un manque qui faisait sens.

2 Antonin COHEN, De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012, p.19, 20, 23.

3 J’ai dans ma bibliothèque les cinq terribles volumes d’une Anthologie des écrivains morts à la guerre, Bibliothèque du Hérisson, Edgar MALFERE (1924).

4 Gisèle SAPIRO, La Guerre des écrivains (1940-1953), Fayard, 1999.

5 Sur la fascination pour Hitler, Dominique VENNER, Histoire de la collaboration, Pygmalion, 2002. Sur la fascination pour l’URSS : Jeannine VERDES-LEROUX, Au service du Parti. Le Parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Fayard-Minuit, 1983 et Le Réveil des somnambules. Le parti communiste, les intellectuels et la culture (1956-1985), Fayard-Minuit, 1987. Sur la fascination pour Cuba : Jeanine VERDES-LEROUX, La Lune et le Caudillo. Le rêve des intellectuels et le régime cubain (1959-1971), L’Arpenteur, 1989.

6 Gouvernement militaire allié des territoires occupés, en anglais Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT).

7 Lire le formidable ouvrage de Gunther ANDERS, L’Obsolescence de l’homme, tome 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, (1956) Ivrea & Encyclopédie des Nuisances, 2002, et, tome 2 : Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, Fario, 2012.

8 Edward BERNAYS, Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie (1928), Zones, 2007.

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