Cette semaine, une rumeur faisait état d’un choix étonnant de la part de l’armée française : accorder le marché de la fabrication de ses pulls à une entreprise chinoise. Le ministère des Armées a démenti l’information ce jeudi 4 novembre, mais pour autant, il s’agit bien au fond d’une question de délocalisation…

Non, l’armée française n’a pas choisi des pulls chinois plutôt que des pulls « Made in Tarn », a démenti le porte-parole du ministère des Armées, Herve Grandjean, en réponse aux bruits qui couraient, ce jeudi 4 novembre, d’un appel d’offre remporté par un producteur chinois. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l’homme – par ailleurs « ingénieur en chef de l’armement » – précise : « Un contrat de fourniture de pulls pour l’armée française a été conclu avec deux entreprises françaises en septembre 2020 : Saint James et Leo Minor ». Pas de risque de délocalisation de la production donc ? En partie, non : « La confection est faite soit en France soit au Maroc ou en Tunisie. Les matières premières sont européennes. »

À l’origine de l’affaire des pulls, un déplacement annoncé d’Arnaud Montebourg à la Manufacture Regain (Tarn). L’usine a perdu — il y a 18 mois — le marché qui le liait avec l’armée française qu’elle équipait en pulls, soit un manque à gagner de l’ordre de 500.000 euros. Sans que l’on sache bien pourquoi, le candidat de l’Engagement avait, dans un communiqué publié en début de semaine, souligné la responsabilité de l’État, coupable selon lui d’avoir accordé ce marché (des pulls) à une entreprise chinoise. Peu à peu, la machine à polémique s’est mise en branle. Jean-Luc Mélenchon ou bien encore Marine Le Pen en ont tous deux profité pour exprimer leur indignation.

Le grand vainqueur, Leo Minor, produit au Maroc

Ce marché ne se ferait donc pas au détriment des entreprises françaises, à en croire l’armée ? Il semble en effet que ce soit le cas. Au détriment du marché du travail français ? C’est déjà beaucoup moins vrai, alors qu’il s’agit ici du cœur du sujet. Trois lots de commandes de pulls à destination des armées ont été attribués le 14 septembre 2020. Les deux premiers, attribués à Leo Minor, pour un montant cumulé de 2 203 950 euros, et le troisième à Saint James, pour un montant bien moindre : 188 568 euros.

Leo Minor — qui n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations – est donc la grande gagnante de l’appel d’offres, et pourrait tout aussi bien subir le courroux (justifié cette fois) d’Arnaud Montebourg, ou de n’importe quel autre citoyen sensible aux questions de souveraineté économique. Et pour cause : s’il ne s’agit pas ici d’une entreprise chinoise, Leo Minor réalise en revanche une partie de sa production textile via son atelier Leo Minor Production, basé à Casablanca au Maroc. Par ailleurs, l’adresse du site marocain figure bien à côté de l’adresse française, dans l’appel d’offres accepté. Le seul atelier français basé à Nîmes de l’entreprise n’accueillant qu’autour de 30 salariés, on se doute bien qu’une partie de la production de cette énorme commande devra être délocalisée ailleurs, probablement à Casablanca.

Saint James, entreprise basée dans la ville du même nom au sud de la Manche, assure une fabrication essentiellement française. 70 % de ses produits sont cousus dans l’Hexagone. En revanche, elle sous-traite une partie de ses produits non phares (bermudas, chaussettes, vestes, polos…) à des pays comme le Pérou ou le Portugal. Il s’agit d’une entreprise française reconnue, qui offre des formations techniques sur du long terme (plus de 18 mois pour le remaillage, par exemple) et qui appartient à ses propres salariés. On voit mal ce qui pourrait déplaire ici au candidat Montebourg, trop désireux sans doute de justifier son déplacement du jour à Regain.

Montebourg, des gaffes, un peu de mauvaise foi et de justes analyses

Devant la réponse du ministère des Armées, Arnaud Montebourg a tenté de garder la tête haute, campagne oblige. Et a persisté, à raison, à dénoncer l’attribution de ce marché : « Regain a perdu un marché, c’est un fait. Aujourd’hui, on sait que celui qui a obtenu ce marché, ne fabrique pas en France. On ne sait pas où, mais ce n’est pas en France ! ». Peut-être s’appuie-t-il sur cet article de France 3 « Du “made in Tarn” au “made in China” pour les pulls de l’Armée, Arnaud Montebourg soutient l’entreprise Regain », qui affirme que « Si les deux groupes [Saint James et Leo Minor, ndlr] restent français, leurs usines en revanche sont en Chine ». Saint James, contacté par Front Populaire, dément toute implantation d’une partie de sa production en Chine.

Maintenant que l’on sait que les entreprises en question ne sont pas chinoises, mais bien françaises, reste à savoir quelles seront les réactions politiques. Car est-il réellement préférable d’accorder un marché à une entreprise française (Leo Minor en l’occurrence) qui produira au Maroc, ou à une entreprise chinoise qui produira en Chine ? Arnaud Montebourg a trouvé là le moyen de s’en sortir la tête haute : « L’armée française pratique des délocalisations maquillées sous couvert de marques françaises », a-t-il expliqué à Regain. Force est de reconnaître que nous n’en sommes pas bien loin.

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